ACCUEIL | FLUX RSS
Lundi 16 Décembre 2019

TECHNOLOGIES - Publié le 28/10/2019 à 14:36


Le streaming en expansion, son empreinte écologique aussi


AFP

Regarder sa série préférée chez soi sur son ordinateur ou dans les transports sur son portable c’est moins polluant qu’un DVD fabriqué à l’autre bout du monde et livré par coursier comme le faisait Netflix à ses débuts ? Pas si simple, répondent des experts face à l’explosion du streaming.

Le streaming vidéo occupe aujourd’hui 60,6 % du trafic global sur l’internet, selon le dernier rapport (septembre 2019) de la société canadienne Sandvine, spécialiste des équipements de réseaux. Sur ce total Google (avec YouTube) représente 12 %, Netflix 11,44 %.

Mais si la diffusion numérique semble dématérialisée, elle n’est pas immatérielle : terminaux, réseaux de stockage et de diffusion, tous consomment de l’énergie.

Soit, selon les calculs du Shift Project, groupe de recherche français qui a publié en juillet un rapport sur « l’insoutenable usage de la vidéo en ligne », l’équivalent annuel pour le seul streaming des émissions de CO2 d’un pays comme l’Espagne, ou 1 % des émissions mondiales.

C’est la vidéo à la demande — avec ses géants Netflix ou Amazon et bientôt Apple ou Disney — qui domine, représentant 34 % du total (Shift Project). Traduction en équivalent tonnes de CO2 : 102 millions, à peu près les émissions annuelles du Chili, pays qui accueille en décembre la grande conférence COP 25 sur le climat !

Viennent ensuite les vidéos pornographiques, 27 % du total, les vidéos virales (21 %) et les « autres » usages (18 %), notamment le secteur en plein boom des vidéos sur réseaux sociaux.

« La vidéo digitale ce sont des fichiers très lourds et qui grandissent avec chaque génération de plus haute définition », relève Gary Cook, qui suit le secteur pour Greenpeace aux États-Unis. Ultra HD, 4K, 8K annoncée… les constructeurs rivalisent. Mais « plus de data égale plus d’énergie pour maintenir un système prêt à streamer cette vidéo vers votre appareil dans la seconde ».

Car le streaming c’est « un ensemble de ressources numériques mobilisées pour un client regardant une vidéo », contrairement à la télé classique où un émetteur arrose tout les spectateurs, souligne Laurent Lefevre de l’Institut national (français) de recherche en sciences du numérique (INRIA). Ce qui « met une grosse pression sur trois axes : l’équipement terminal, les réseaux et les centres de données ».

D’autant que le consommateur veut un service rapide et sans hoquet. Résultat, « tout le monde est en train de surdimensionner les équipements avec pour conséquence un gaspillage de ressources à tous les niveaux, » poursuit le chercheur, également directeur adjoint du groupe EcoInfo du CNRS.

Les hébergeurs et/ou diffuseurs travaillent beaucoup sur la recherche d’améliorations techniques, par exemple pour le refroidissement des centres de données ou l’encodage pour rendre les vidéos moins « lourdes ».

Mais les spécialistes mettent en garde contre le fameux « effet rebond », qui veut que les améliorations des techniques d’utilisation d’une ressource fassent en fait augmenter sa consommation globale.

« L’amélioration technologique crée de nouveaux usages et ces usages influencent » eux-mêmes les produits, comme la vidéo sur les réseaux sociaux qui s’est diffusée dans le marketing, relève ainsi Maxime Efoui-Hess, auteur de l’étude du Shift Project.

Sans compter que la culture technophile de l’illimité (tuyaux ou contenus) comme les algorithmes de recommandation ou les modes « autoplay » encouragent le « binge watching ».

L’empreinte écologique du streaming devrait donc croître exponentiellement, d’autant que l’usage d’internet se diffuse toujours plus à travers le monde.

Un retour en arrière technologique étant exclu, les chercheurs recommandent notamment la sensibilisation.  

Pour Gary Cook de Greenpeace « l’exercice de la responsabilité collective, en exigeant des géants de l’internet qu’ils passent rapidement leurs centres de données aux énergies renouvelables a été le principal vecteur de changement jusqu’à présent ».

On peut aussi veiller à la consommation au moins d’impact possible, suggère Laurent Lefevre : « Le pire est de regarder sur un téléphone mobile en 3G. Il vaut mieux regarder chez soi avec une connexion en fibre optique ».

Le ShiftProject, qui plaide pour un débat sur la « sobriété numérique », a de son côté mis en ligne le « carbonalyser », une extension de navigateur internet qui traduit en équivalent CO2 vos activités sur la toile. « Il faut se mettre dans la position de questionner des usages qui pour l’instant n’ont pas été discutés à titre collectif », estime Maxime Efoui-Hess.

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire

  • Maximum 250 caractères


Entrepôt high-tech pour livrer au plus vite du frais dans la ville qui ne dort jamais
Le streaming en expansion, son empreinte écologique aussi
L'emploi à l'ère de l'intelligence artificielle: des robots et des hommes
Un exosquelette connecté au cerveau permet à un patient tétraplégique de marcher
Révolution technologique en Birmanie, un des derniers pays à adopter un code informatique universel
En Chine, on règle avec son visage même quand on paie pas de mine
42, une école française d'informatique qui bouscule les codes
Le cerveau connecté de Neuralink testé dès l'an prochain, selon Musk
Un jeu vidéo conçu pour développer l'intelligence émotionnelle chez les adolescents
Les jeux vidéo de type Minecraft permettent-ils de doper la créativité ?
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Les chiens savent catégoriser les mots, même prononcés par des inconnus
Le Soleil vu de plus près: une cascade de surprises
Des fossiles révèlent comment nos oreilles sont nées
Une nouvelle espèce de dinosaure, herbivore et court sur pattes, découverte en Equateur
Les orques ménopausées dopent la survie de leurs petits-enfants
 LES PLUS LUS 
Les premiers bus à hydrogène entrent en service en France
Découverte d’une nouvelle espèce d’anguille électrique à haute tension
Cuir de poisson: quand de jeunes chimistes marient luxe et écologie
L’un des plus gros animaux volants de l’histoire identifié au Canada
La Russie n’utilisera plus son robot Fedor pour des missions dans l’espace
L'or ou l'eau: le dilemne que combattent les indigènes en Equateur
La prise d'une décision dépend de notre degré d'incertitude, affirment des scientifiques américains
Ablation de l'utérus : les femmes seraient plus sujettes à la dépression ou à l'anxiété après l'intervention
L'antique tombe de la Dame de Vix, princesse celtique, ressurgit de la terre
Des compléments alimentaires aideraient à réduire certaines maladies mentales
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.054 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.