ACCUEIL | FLUX RSS
Jeudi 17 Octobre 2019

PLANETE - Publié le 12/09/2019 à 16:06


L'or ou l'eau: le dilemne que combattent les indigènes en Equateur


AFP

"Nous devons décider entre l'or et l'eau. Que préférons-nous camarades?", lance le chef indigène Yaku Perez. "L'eau", crient les militants contre le gigantesque projet minier de Quimsacocha, en Equateur, au coeur des Andes dont torrents et glaciers alimentent le bassin de l'Amazone.

L'eau critalline dévale en cascades les versants abrupts. Provenant du paramo, haute lande humide typique des régions équatoriales, elle grossit les ruisseaux sur son passage. Mais indigènes et paysans dénoncent une menace: les mines.

Dans la province d'Azuay (sud), la moitié des quelque 20.000 hectares du paramo de Quimsacocha (trois lagunes, en langue quechua) a été concédée au groupe canadien INV Metals Inc.

Cette entreprise minière développe un projet jugé stratégique par le gouvernement équatorien. Il en est à la phase d'exploration de réserves évaluées à 2,2 millions d'onces d'or, 13,3 millions d'onces d'argent et 88 millions de livres de cuivre, selon des chiffres officiels.

"Bienvenidos. Proyecto Loma Larga. La nueva minería" (Bienvenue. Projet Loma Larga. La nouvelle exploitation minière) proclame une grande bannière déployée sur un chemin, à plus de 3.000 mètres d'altitude.

En fond, l'un des multiples torrents alimentant Cuenca, chef-lieu du département, à environ 80 km au nord du paramo qui emmagasine l'eau comme une sorte d'immense éponge.

Dans cette nature inhabitée, où un vent glacial courbe les arbustes et où le sol brûle la peau plus qu'il ne la réchauffe, INV Metals prévoit de construire une mine souterraine et de lancer la production de concentré d'or en 2021.

- "Nous pouvons vivre sans or"

En mars dernier, lors d'une consultation populaire inédite, les habitants se sont prononcés contre les activités minières à Quimsacocha, dont seulement 3.200 hectares sont à ce jour protégés alors que c'est une réserve de la biosphère.

"Nous pouvons vivre sans or, mais sans eau jamais", a déclaré à l'AFP M. Perez, dont le prénom Yaku signifie "eau" en quechua, et qui est le préfet (gouverneur) d'Azuay.

Appartenant à l'ethnie Cañari kichwa, cet homme de 50 ans dirige la "résistance" des indigènes et paysans opposés à l'extraction minière, et pour la défense des sources d'eau.

"Là où elle s'installe, l'activité minière génère des spoliations de terres, de la violence envers la communauté, déstabilise la démocratie, favorise la corruption des institutions, pollue les eaux, empoisonne les rivières", dénonce-t-il, sur les berges du torrent Tasqui, dont il boit l'eau transparente à longues goulées.

M. Perez estime que les groupes miniers "se réservent la chair et ne laissent que les os, et des os contaminés".

L'Equateur, qui en juillet a lancé l'extraction de métaux à grande échelle et compte parmi les principaux gisements du monde, recevra environ 554 millions de dollars du site Loma Larga, selon des données officielles.

"L'exploitation minière c'est comme un mirage: on nous donne de l'argent un moment, mais cet argent s'évapore, s'envole en fumée. Autrement dit : du pain aujourd'hui, faim et désolation demain", dénonce M. Perez.

- Sources d'eau fragiles -

Cet avocat défend Quimsacocha de toutes ses forces et rien ne l'arrête quand il veut entrer dans le paramo. Ses partisans coupent ainsi à la tronçonneuse les chaines qui barrent l'accès à une étroite piste, haut dans la montagne.

"Propriété privée. Entrée interdite", avertit une pancarte, en lettres blanches sur fond bleu.

"Ce n'est pas une propriété privée, c'est une propriété communale. Nous avons des papiers de 1893. Les anciens ont acheté cette immense lande. Nous ne voulons pas de terres pour les cultiver, mais comme réserve hydrique", explique le préfet.

Ici "nous ne laisserons pas venir de mineurs", lance Maria Dorila Fajardo, une indigène de 60 ans, coiffée d'un bonnet de laine et vêtue d'une immense jupe rouge.

Pour M. Perez, les consultations populaires, qui doivent être approuvées par la Cour constitutionnelle, sont la voie pour que "l'Equateur soit déclaré territoire libre d'industrie minière, et ses sources d'eau ainsi que ses écosystèmes, zones fragiles".

Ecologistes, indigènes et paysans ont remporté leur première victoire avec le vote en faveur de la protection du paramo de Quimsacocha.

Mais le gouvernement espère que la Cour constitutionnelle empêchera d'autres consultations de ce type, afin de démontrer la sécurité juridique du pays et ainsi attirer plus d'investissements étrangers dans le secteur minier.

Selon des prévisions officielles, l'Equateur devrait recevoir plus de 2,2 milliards de dollars d'ici 2021 et son PIB croître de 1,61% en 2018 à 4%.

Quatre fois emprisonné pour sa lutte en faveur de l'eau, M. Perez déplore que "le monde soit si fou. De l'or pour se parer. Pourquoi? Juste pour l'accumuler et se vanter d'être riche!"

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire

  • Maximum 250 caractères


Des baleines adaptent leur communication pour protéger leurs bébés
Le voyage périlleux des tortues de mer nées sur les côtes grecques
Thaïlande: 11 cadavres d' éléphants retrouvés après une chute au fond d'une cascade
Le Japon se prépare à faire face au typhon géant Hagibis ce week-end
Dans un laboratoire français, huîtres et bars confrontés au CO2
Cuir de poisson: quand de jeunes chimistes marient luxe et écologie
Les premiers bus à hydrogène entrent en service en France
L'or ou l'eau: le dilemne que combattent les indigènes en Equateur
Découverte d’une nouvelle espèce d’anguille électrique à haute tension
Australie: quand des marsupiaux meurent d'intenses accouplements
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Les enfants japonais champions de la santé grâce au déjeuner scolaire
Le raw foodisme de Médor et Tigrou n'est pas sans risque
Comment le cerveau accroît ou diminue la perception de la douleur
Un avocat de 2,5 kilos bat un record à Hawaii
Une famille attendait la fin des temps recluse dans une ferme
 LES PLUS LUS 
Planète: la seule issue se trouve sous terre, selon certains experts
Le premier pas sur la Lune, il y a 50 ans
À New Delhi, une montagne de déchets haute comme le Taj Mahal
Attention aux montagnes de promesses du bio, prévient 60 Millions de consommateurs
Bali s'attaque à l'invasion du plastique
Découverte d'une deuxième planète autour de l'étoile Beta Pictoris
Des gravures d'animaux datant de 12.000 ans découvertes à Angoulême
Climat: les canicules seront plus longues, prévient une étude
Un nouvel épisode de canicule, plus court, mais intense, se prépare
Réunion de l’ONU sur le climat au Brésil en pleine polémique sur l’Amazonie
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.063 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.