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Jeudi 4 Juin 2020

PLANETE - Publié le 12/09/2019 à 16:06


L'or ou l'eau: le dilemne que combattent les indigènes en Equateur


AFP

"Nous devons décider entre l'or et l'eau. Que préférons-nous camarades?", lance le chef indigène Yaku Perez. "L'eau", crient les militants contre le gigantesque projet minier de Quimsacocha, en Equateur, au coeur des Andes dont torrents et glaciers alimentent le bassin de l'Amazone.

L'eau critalline dévale en cascades les versants abrupts. Provenant du paramo, haute lande humide typique des régions équatoriales, elle grossit les ruisseaux sur son passage. Mais indigènes et paysans dénoncent une menace: les mines.

Dans la province d'Azuay (sud), la moitié des quelque 20.000 hectares du paramo de Quimsacocha (trois lagunes, en langue quechua) a été concédée au groupe canadien INV Metals Inc.

Cette entreprise minière développe un projet jugé stratégique par le gouvernement équatorien. Il en est à la phase d'exploration de réserves évaluées à 2,2 millions d'onces d'or, 13,3 millions d'onces d'argent et 88 millions de livres de cuivre, selon des chiffres officiels.

"Bienvenidos. Proyecto Loma Larga. La nueva minería" (Bienvenue. Projet Loma Larga. La nouvelle exploitation minière) proclame une grande bannière déployée sur un chemin, à plus de 3.000 mètres d'altitude.

En fond, l'un des multiples torrents alimentant Cuenca, chef-lieu du département, à environ 80 km au nord du paramo qui emmagasine l'eau comme une sorte d'immense éponge.

Dans cette nature inhabitée, où un vent glacial courbe les arbustes et où le sol brûle la peau plus qu'il ne la réchauffe, INV Metals prévoit de construire une mine souterraine et de lancer la production de concentré d'or en 2021.

- "Nous pouvons vivre sans or"

En mars dernier, lors d'une consultation populaire inédite, les habitants se sont prononcés contre les activités minières à Quimsacocha, dont seulement 3.200 hectares sont à ce jour protégés alors que c'est une réserve de la biosphère.

"Nous pouvons vivre sans or, mais sans eau jamais", a déclaré à l'AFP M. Perez, dont le prénom Yaku signifie "eau" en quechua, et qui est le préfet (gouverneur) d'Azuay.

Appartenant à l'ethnie Cañari kichwa, cet homme de 50 ans dirige la "résistance" des indigènes et paysans opposés à l'extraction minière, et pour la défense des sources d'eau.

"Là où elle s'installe, l'activité minière génère des spoliations de terres, de la violence envers la communauté, déstabilise la démocratie, favorise la corruption des institutions, pollue les eaux, empoisonne les rivières", dénonce-t-il, sur les berges du torrent Tasqui, dont il boit l'eau transparente à longues goulées.

M. Perez estime que les groupes miniers "se réservent la chair et ne laissent que les os, et des os contaminés".

L'Equateur, qui en juillet a lancé l'extraction de métaux à grande échelle et compte parmi les principaux gisements du monde, recevra environ 554 millions de dollars du site Loma Larga, selon des données officielles.

"L'exploitation minière c'est comme un mirage: on nous donne de l'argent un moment, mais cet argent s'évapore, s'envole en fumée. Autrement dit : du pain aujourd'hui, faim et désolation demain", dénonce M. Perez.

- Sources d'eau fragiles -

Cet avocat défend Quimsacocha de toutes ses forces et rien ne l'arrête quand il veut entrer dans le paramo. Ses partisans coupent ainsi à la tronçonneuse les chaines qui barrent l'accès à une étroite piste, haut dans la montagne.

"Propriété privée. Entrée interdite", avertit une pancarte, en lettres blanches sur fond bleu.

"Ce n'est pas une propriété privée, c'est une propriété communale. Nous avons des papiers de 1893. Les anciens ont acheté cette immense lande. Nous ne voulons pas de terres pour les cultiver, mais comme réserve hydrique", explique le préfet.

Ici "nous ne laisserons pas venir de mineurs", lance Maria Dorila Fajardo, une indigène de 60 ans, coiffée d'un bonnet de laine et vêtue d'une immense jupe rouge.

Pour M. Perez, les consultations populaires, qui doivent être approuvées par la Cour constitutionnelle, sont la voie pour que "l'Equateur soit déclaré territoire libre d'industrie minière, et ses sources d'eau ainsi que ses écosystèmes, zones fragiles".

Ecologistes, indigènes et paysans ont remporté leur première victoire avec le vote en faveur de la protection du paramo de Quimsacocha.

Mais le gouvernement espère que la Cour constitutionnelle empêchera d'autres consultations de ce type, afin de démontrer la sécurité juridique du pays et ainsi attirer plus d'investissements étrangers dans le secteur minier.

Selon des prévisions officielles, l'Equateur devrait recevoir plus de 2,2 milliards de dollars d'ici 2021 et son PIB croître de 1,61% en 2018 à 4%.

Quatre fois emprisonné pour sa lutte en faveur de l'eau, M. Perez déplore que "le monde soit si fou. De l'or pour se parer. Pourquoi? Juste pour l'accumuler et se vanter d'être riche!"

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