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Dimanche 17 Novembre 2019

SANTE - Publié le 03/09/2019 à 14:52


La chasse aux rumeurs, enjeu vital de la lutte contre Ebola en RDC


AFP

Vaccins, centre de soins, sexualité: la chasse aux rumeurs est un combat sans fin dans la lutte contre l'épidémie d'Ebola à Beni, dans l'est de la République démocratique du Congo, où le secrétaire général des Nations unies était attendu dimanche pour une visite de soutien.

Antonio Guterres doit visiter un Centre de traitement d'Ebola (CTE) à Mangina d'où est partie l'épidémie en août 2018. Treize mois plus tard, la fièvre hémorragique a tué 2.015 personnes pour plus de 3.000 cas, la deuxième la plus grave de l'histoire.

Gérées par des ONG étrangères sous la tutelle des autorités congolaises, les CTE, justement, nourrissent des suspicions qui vont au-delà de la peur légitime et assez partagée de l'hôpital.

Une partie de la population "a tendance à considérer le CTE comme un mouroir", observe le maire de Beni, Jean-Edmond Bwanakawa Masumbuko.

"Les habitants disent qu'au niveau du CTE, les patients ne sont pas bien pris en charge sur le plan médical, mais aussi sur le plan alimentaire", ajoute Reagan Lembi Dibwesa, jeune responsable communication au sein des équipes anti-Ebola.

En début d'année, des CTE ont été attaqués par des groupes non-identifiés (tout comme leur mobile) à Butembo et Katwa à 50 km de Beni, entraînant une flambée de nouveaux cas.

En un an, des équipes de la "riposte" ont souvent été accueillies par des jets de pierre dans les quartiers.

Dans ce contexte, plusieurs ONG ont trouvé une nouvelle niche d'activité dans la "sensibilisation" des habitants face à l'épidémie d'Ebola.

Ce samedi, des volontaires de la Croix-Rouge font du porte à porte dans le quartier Malepe sur les hauteurs de Beni.

"Qui parmi vous entend des rumeurs sur Ebola?", lance un volontaire.

"On dit que des gens vaccinés vont mourir après deux semaines", croit savoir un petit garçon d'une dizaine d'années. Démenti des sensibilisateurs. Au total plus de 200.000 personnes ont été vaccinées en treize mois.

"Si quelqu'un souffre du diabète, il reste chez lui à la maison. Mais quand il meurt, vous venez dire que c'est Ebola", accuse Sarah, 16 ans. Eh bien non, puisque des prélèvements et des examens sont normalement pratiqués sur les décès de cas suspects pour savoir s'ils sont vraiment morts du virus ou non.

"Souvent on nous dit qu'Ebola est politisé, que les équipes de la riposte anti-Ebola s'enrichissent, qu'Ebola, c'est pour exterminer les communautés", synthétise un responsable de la Fédération internationale de la Croix-Rouge, Idelphonse Muzaliwa.

"Nous récoltons toutes les rumeurs. Nous les analysons", ajoute-t-il. L'objectif de ce "feedback" consiste à revenir vers les habitants avec des réponses encore plus fines et convaincantes.

- "Un poison pour tuer les Congolais" -

Ce samedi, à deux jours de la rentrée scolaire, les volontaires sont aussi allés à la rencontre d'une quinzaine d'enseignants de l'institut Kisolokele.

La séance commence par un rappel des consignes élémentaires: se laver les mains, appeler un numéro vert face à un cas suspect, ne pas toucher les malades ni les cadavres, s'en remettre à la Croix-Rouge pour les enterrements "dignes et sécurisés" (les fluides des malades et des cadavres sont particulièrement contagieux).

Tout cela, les enseignants le savent. "90% de la population comprend et observe les règles d'hygiène. Pouvez-vous nous dire pourquoi la chaîne de contamination continue?", s'interroge un professeur de langue, Claude Kisuki.

Un autre pose la question très sérieuse des résidus de virus dans "les parties génitales" des survivants d'Ebola plusieurs mois après leur guérison: "Que peut faire la Croix-Rouge pour que les guéris cessent d'être un danger dans la société?"

"Ceux qui ont survécu à la maladie et leurs partenaires doivent soit s’abstenir de toute relation sexuelle, ou adopter des pratiques sexuelles à moindre risque en utilisant des préservatifs jusqu’à ce que le sperme ait donné par deux fois un test négatif", répond l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur son site.

Des "fake news" et des manipulations grossières circulent évidemment sur les réseaux sociaux. Elles sont traquées par le site de "désintox" congocheck.net.

"Faux, le vaccin contre Ebola n’est pas un poison mortel pour tuer les Congolais", écrivait par exemple en juillet le site. Il s'agissait de dénoncer un enregistrement audio partagé sur les réseaux sociaux appelant à attaquer "à la machette toutes ces personnes qui viennent avec ce vaccin".

Congocheck s'est aussi cru obligé de démonter l'intox grossière d'une "vidéo d'agents de santé célébrant des nouveaux cas". En fait cette vidéo de 30 secondes tournée en mars 2019 célébrait le départ d'un volontaire de Médecins sans frontières. Il travaillait dans une zone -le Lubero- où aucun cas confirmé n'avait été enregistré.

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