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Mardi 10 Décembre 2019

- Publié le 12/06/2019 à 20:43


La chimiothérapie par aérosol, source d'espoir pour les malades du cancer


AFP

"La chimiothérapie classique, c'était atroce... Avec ce traitement, j'ai de l'espoir": la chimiothérapie par aérosol est une technique encore à l'essai mais prometteuse pour les victimes de certains cancers, provoquant moins d'effets secondaires tout en étant accessible aux patients les plus faibles.

Quelques heures avant de passer au bloc, Jacques Braud attend dans sa chambre, étonnamment détendu, un livre à la main. Il en a vu d'autres: du haut de ses 76 ans, le malade souffrant d'un cancer de l'estomac - qui a atteint deux autres organes - entame sa deuxième chimiothérapie.

Mais avec une différence cette fois. Il bénéficie au centre Georges-François Leclerc de Dijon, un des sept hôpitaux à la pratiquer en France, d'une toute nouvelle technique mise au point depuis 2013 en Allemagne: la Chimiothérapie IntraPéritonéale Pressurisée par Aérosols, aussi appelée Pipac.

Contrairement à la chimiothérapie classique, le traitement n'est pas injecté dans le sang via intraveineuse. Mais le patient est placé sous anesthésie générale pour lui ouvrir légèrement le ventre et diffuser le produit sous forme de spray.

Le principal avantage de cette technique est qu'il n'y a pas d'effets secondaires nocifs "liés au passage du produit dans le sang", estime le responsable du département de chirurgie oncologique David Orry. "On évite donc l'anorexie, l'atteinte des nerfs périphériques ou des globules blancs et rouges", qui imposent souvent d'arrêter le traitement.

"La chimio, c'est quelque chose d'épouvantable; ça vous détruit", confirme M. Braud, caressant ses courts cheveux blancs, encore inexistants il y a deux mois. "Je suis paralysé des extrémités des pieds et des mains, je ne sens plus rien".

Celui qui ne peut plus pratiquer la randonnée - sa passion - confirme qu'avec la Pipac, il ne subit aucun des effets secondaires provoqués par sa première chimiothérapie. Désormais, pour ses traitements toutes les deux à trois semaines, il alterne entre chimiothérapie classique et Pipac.

- "Très prometteur" -

Au bloc, les chirurgiens se penchent sur le corps endormi de Jacques et pratiquent deux légères incisions de cinq centimètres au niveau de l'abdomen, avant d'y insérer des trocarts entre deux couches du péritoine, légère membrane recouvrant l'ensemble des intestins.

Ils y insufflent alors de l'air et créent artificiellement une cavité, qui est une condition sine qua non de la Pipac: c'est pourquoi elle est pour l'instant réservée aux cancers gynécologiques ou digestifs.

"Vous voyez, M. Braud a plusieurs métastases sur sa paroi péritonéale", montre sur la cœlioscopie le docteur Orry. "Cette membrane possède peu de vaisseaux. Donc, c'est très difficile de la soigner avec une chimiothérapie qui passe par le sang. Encore un avantage de la Pipac".

Une fois les deux injections lancées, chirurgiens, anesthésiste et infirmières sortent de la salle opératoire, du fait des risques d'inhalation en cas de fuite.

Après une demi-heure d'attente, le produit est aspiré par une puissante micro-pompe et le ventre du patient se vide. Six points de suture plus tard, l'opération est terminée. Elle aura duré deux heures, montre en main.

Le soir, Jacques peut regagner sa chambre et manger normalement, mais il devra rester encore deux nuits à l'hôpital à cause des risques liés à l'anesthésie générale.

Malgré cela, la Pipac peut être proposée à des personnes peu en forme. Pour l'instant, elle est même réservée aux patients suivant des traitements palliatifs, faute d'avoir pu encore prouver son efficacité avec une étude scientifique large.

Mais des premiers retours "très prometteurs" sur ce traitement complémentaire permettent d'entretenir beaucoup d'espoir, selon l'oncologue François Ghiringhelli à l'origine de son développement depuis 2017 à Dijon.

Son coût raisonnable - un investissement de 25.000 euros pour l'injecteur puis environ 2.000 euros de matériel jetable par opération - en ferait une technique abordable.

Dès cette année, le Centre de lutte contre le cancer de Nantes prépare une étude multicentrique à laquelle participera Dijon: les premiers résultats objectifs devraient tomber d'ici cinq ans.

"Demain, on pourrait appliquer cette technique à des patients moins atteints et obtenir de très bons résultats curatifs, voire même préventifs", s'enthousiasme le docteur Orry, insistant toutefois sur le fait que "pour l'instant, il faut être très prudent et ne pas vendre ça comme un remède miraculeux".

Cela pourrait aussi déboucher sur l'utilisation d'autres molécules potentiellement plus efficaces mais trop dangereuses pour passer dans le sang. Ou bien se développer pour d'autres types de cancer, comme celui de la vessie et du poumon, là où des membranes similaires au péritoine existent.

Alors qu'on ne lui avait prédit "plus que deux ans à vivre", M. Braud va pouvoir repartir sur un projet curatif. Le septuagénaire résume: "Avec la Pipac, j'ai de l'espoir!"

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