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Vendredi 10 Avril 2020

SANTE - Publié le 08/06/2019 à 02:16


Des naissances rendues possibles par une méthode de la dernière chance


AFP

Une jeune femme atteinte de ménopause précoce, qui n'aurait pas pu bénéficier d'une PMA classique, a réussi à donner naissance à des jumeaux grâce une technique de maturation en laboratoire de ses derniers ovules, ont révélé mercredi ses médecins.

"La mère ainsi que les bébés, des garçons nés en décembre 2018 à Paris sont en parfaite santé", dit à l'AFP le Pr Michaël Grynberg, chef du service de médecine de la reproduction et préservation de la fertilité à l'hôpital francilien Antoine Béclère (AP-HP).

"C'est la première naissance au monde obtenue avec cette technique dans cette indication pour préserver la fertilité", relève le Dr Christophe Sifer, responsable du laboratoire de biologie de la reproduction à l'hôpital Jean-Verdier (AP-HP) en région parisienne.

Sa ménopause précoce a été diagnostiquée alors qu'elle avait 37 ans.

Cette insuffisance ovarienne débutante avec arrêt des règles est due dans son cas à une maladie auto-immune.

"Mais nous nous sommes aperçus à l'échographie qu'il lui restait quelques ovules immatures", relate le Pr Grynberg.

"Là où d'autres auraient dit il n'y a rien à faire", son équipe et celle du Dr Sifer ont proposé de recourir à la technique de maturation d'ovocytes in vitro (MIV) pour préserver les capacités de reproduction de la patiente qui avait un projet d'avoir un deuxième enfant.

Cette technique a consisté en un prélèvement d'ovocytes immatures par ponction ovarienne à travers le vagin, sous contrôle de l'échographie, sans aucune stimulation hormonale préalable. Le prélèvement s'est fait sous anesthésie locale.

- Pour le cancer aussi -

Les ovocytes ont ensuite été portés à maturation au laboratoire pendant 24 à 48 heures à l'aide notamment d'hormones et de facteurs de croissance, indique le biologiste. Un certain nombre d'entre eux ont pu atteindre la maturité et être fécondés en vue d'une vitrification embryonnaire. La vitrification est une méthode de congélation ultrarapide qui permet une meilleure survie des embryons une fois décongelés.

La patiente a reçu des hormones pour préparer son utérus et le rendre compatible avec l'implantation des embryons.

"Sans cette solution de la dernière chance, les quelques ovules restant allaient inéluctablement disparaître, être détruits, et la patiente allait être stérile", assure le Pr Grynberg.

"Cela confirme l'intérêt majeur de cette technique de MIV, associée à la vitrification ovocytaire ou embryonnaire pour préserver la fertilité féminine dans certaines indications où aucune autre option n'est envisageable", selon le Dr Sifer.

Une technique utilisable pour d'autres pathologies très particulières: d'autres grossesses sont actuellement suivies au centre PMA/AMP (assistance médicale à la procréation) de l'hôpital Jean-Verdier, dans un contexte similaire (maladie d'Adisson, pathologie rare dite de la résistance à une hormone, la FSH...) .

Mais cette technique, la MIV, donne de moins bon résultats qu'avec l'utilisation d'une stimulation hormonale, et reste donc un recours "quand on n'a pas le choix", renchérit le Pr Grynberg.

La méthode est par ailleurs déjà utilisée surtout pour des cancers, essentiellement des cancers du sein, soit parce que la nature de la tumeur constitue une contre-indication à la stimulation hormonale, soit par manque de temps (chimiothérapie d'urgence).

En France, "quelques milliers de femmes, entre 3.000 et 5.000 pourraient en bénéficier, dont beaucoup atteintes de cancer", estime-t-il.

Dans le monde 6.000 enfants sont nés grâce à la MIV dont 200 en France, selon le Pr Grynberg. La première naissance remontant à 1993 aux Etats-Unis, ajoute-t-il.

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