ACCUEIL | FLUX RSS
Jeudi 20 Juin 2019

PLANETE - Publié le 22/05/2019 à 17:29


Faidherbia Albida, arbre refuge de l'agriculture sahélienne


AFP

Il optimise le rendement des cultures, nourrit de ses feuilles les troupeaux du Sahel et s'érige en rempart à la désertification: Faidherbia Albida, cousin majestueux des acacias, porte sur ses branches une partie du salut des paysans africains.

"C'est vraiment le parc agroforestier le plus emblématique d'Afrique subsahélienne", explique Christian Dupraz, directeur de recherche à l'INRA et président du comité scientifique du Congrès mondial d'agroforesterie organisé cette semaine à Montpellier.

Coton, sorgho, mil, arachide, entre autres, sont des cultures qui poussent sous ses branches, selon M. Dupraz.

Il peut atteindre une trentaine de mètres de haut pour un tronc dont le diamètre peut faire 1,30 mètre, voire davantage.

Mais ce qui impressionne le plus Régis Peltier, ingénieur de recherche et développement au centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), c'est l'amplitude de son couvre-chef aux rameaux épineux.

"Il a un tronc unique, à la base, qui s'écarte en formant une vaste couronne", explique M. Peltier, basé à Montpellier mais qui a piloté des essais dans le nord du Cameroun dès les années 1980 pour le Cirad. "Il y a pas mal d'endroits où on voit des petits marchés hebdomadaires qui se font sous un vieux Faidherbia. Ça peut faire l'équivalent d'un demi-terrain de foot."

- Une couronne singulière -

Sa Majesté ne serait rien sans une particularité qui le distingue des autres arbres de la région: "Il a un effet bénéfique sur le rendement de la plupart des cultures, même sous sa couronne, ce qui en fait un cas d'école", explique à l'AFP Olivier Roupsard, chercheur du Cirad, installé depuis 2017 au Sénégal.

Cet effet tient notamment à une caractéristique surprenante: "Il est feuillé en saison sèche (on parle de "phénologie inversée")", quand il n'y a plus de cultures dans les champs, et permet de nourrir les animaux grâce à son fourrage très riche, justement au bon moment, quand la nourriture n'est plus disponible dans les pâturages", explique M. Roupsard.

"Les troupeaux qui profitaient des pâturages en saison des pluies peuvent migrer vers les zones à Faidherbia en saison sèche et y survivre durant cette saison très difficile. Au passage, il défèquent sous ces arbres en enrichissent le sol, ce dont les cultures profiteront au cycle suivant", poursuit le chercheur.

Il est ainsi fréquent, lors de la saison sèche, de voir sous ces arbres une chèvre attendre patiemment la chute des gousses orange qu'ils produisent.

A l'inverse, lorsque revient la saison des pluies et des cultures, "il se défeuille entièrement" et n'exerce donc "pas ou peu de compétition pour la lumière" avec les cultures, explique M. Roupsard.

Parmi les vertus du Faiherbia figure également son aptitude à capter l'azote de l'air et à le transmettre à la terre pour accroître sa fertilité.

"Le rendement de mil sous les Faidherbia, mesuré l'année dernière, était trois fois supérieur sous les couronnes qu'en plein soleil", affirme ainsi M. Roupsard.

- Un arbre en régression -

Problème, dans les années 1990, des chercheurs ont constaté que l'arbre, victime de la sécheresse et de la surexploitation des fourrages et des bois, était en régression.

"Malheureusement, c'est toujours d'actualité", soupire Régis Peltier, pour qui il n'y a qu'une solution, subventionner: "Les gens ne réalisent pas l'état de pauvreté dans lequel sont la plupart des paysans et la nécessité de vivre au jour le jour", alors qu'il faut bien compter 20 ans, selon lui, pour obtenir des résultats après replantation des arbres.

D'où les travaux menés par le Cirad pour tenter de redynamiser la culture de cet arbre, avec un enjeu crucial: la survie de l'agriculture sur les territoires du Sahel.

"L'érosion du sol par les vents et par l'eau prive les sols de leur fertilité naturelle, ce qui conduit à la désertification. Face au constat dramatique de la disparition des forêts, notamment des forêts sèches, l'arbre en agroforesterie semble être le dernier rempart", explique M. Roupsard.

Une inconnue subsiste toutefois, souligne-t-il: "Cette espèce ne peut se développer que si une nappe phréatique est accessible. Si Faidherbia est une pompe, la question se pose de la durabilité des nappes, dans le cas où on augmenterait sa densité. Nous travaillons donc aussi sur ce compromis important".

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire

  • Maximum 250 caractères


Une épidémie menace un perroquet en danger d'extinction
Bonheur et Harmonie : deux pandas prometteurs pour la survie de l'espèce
L'océan, un poumon de la planète au coeur des enjeux climatiques
Attention aux montagnes de promesses du bio, prévient 60 Millions de consommateurs
L'Inde suffoque sous la chaleur, jusqu'à 50°C
Europol: sauvetage de milliers de reptiles destinés à finir en sac à main
À New Delhi, une montagne de déchets haute comme le Taj Mahal
Les chimpanzés ne survivent plus que dans des ghettos forestiers
Encore loin du zéro déchet, les Sénégalais mènent la lutte contre les ordures
Océans: en vue du G20, Tokyo affiche des mesures contre la pollution plastique
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Un tour d'évasion tourne au drame: le corps du magicien retrouvé dans le Gange
Des chercheurs dissèquent le regard attendrissant du chien
Les fragments de Lune d'Apollo ont transformé la connaissance de l'univers
Les émotions morales, un outil pour diagnostiquer la démence fronto-temporale ?
Un nez artificiel conçu pour aider les médecins à identifier les tissus cancéreux pendant la chirurgie
 LES PLUS LUS 
Planète: la seule issue se trouve sous terre, selon certains experts
Une nouvelle espèce humaine découverte aux Philippines
Google ouvre son premier laboratoire d'intelligence artificielle en Afrique
Comment nettoyer l'espace des vieux satellites et débris spatiaux
A Cuba, les abeilles butinent heureuses et leur miel ravit l'Europe
Les rideaux d'hôpitaux sont des nids à bactéries
La Lune dans cinq ans ? La NASA entretient le mystère
L'activité physique pourrait aider à guérir d'une lésion de la moelle épinière
Un régime riche en viande accroît le risque de mortalité
Infarctus ne rime pas nécessairement avec arrêt maladie prolongé
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.062 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.