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Lundi 19 Novembre 2018

SANTE - Publié le 06/07/2018 à 17:30


Greffe d'organes: Pékin n'est plus persona non grata malgré un manque de transparence



Persona non grata il y a peu en raison de la controverse sur le recours aux organes de prisonniers exécutés, la Chine a retrouvé sa respectabilité après avoir banni cette pratique mais des organisations doutent encore de sa transparence.

Signe du changement, 150 experts chinois participaient cette semaine à Madrid au congrès annuel de la Société de Transplantation, un chiffre jamais atteint.

"Cela n'aurait pas pu arriver il y a quelques années", a assuré Francis Delmonico, chirurgien américain de renom et ancien président de la Société de Transplantation, lors d'une conférence de presse organisée par l'ambassade de Chine à Madrid.

"Le fait que tant de spécialistes chinois aient fait part de leur expérience est un témoignage important de l'évolution de la Chine", a ajouté Delmonico.

Après des années de controverse, la Chine a interdit en 2015 l'utilisation du recours aux organes de prisonniers exécutés. Depuis, le seul système autorisé officiellement est celui de donations volontaires mis en place en 2010 et étendu à l'ensemble du pays en 2013.

Mais des craintes existent autour d'une persistance du phénomène, avec la classification présumée de prisonniers comme donneurs volontaires pour contourner l'interdiction.

Si Huang Jiefu, responsable du dispositif chinois des greffes d'organes, assure qu'il y a une tolérance zéro, il a toutefois admis lors d'une conférence au Vatican l'année dernière que l'utilisation d'organes de prisonniers pourrait avoir perduré.

"La Chine est un très grand pays avec 1,3 milliard d'habitants, je suis donc certain qu'il y a des violations de la loi", avait-il admis.

- Combien de greffes? -

Actuellement, 178 hôpitaux effectuent des greffes en Chine. En 2017, plus de 16.000 greffes ont eu lieu dans le pays, qui se classe deuxième dans le monde après les Etats-Unis, selon les autorités chinoises.

Mais dans un rapport basé notamment sur le taux d'utilisation des lits dans ces hôpitaux, l'organisation China Organ Harvest Research Center estime que des milliers d'autres ont dû avoir lieu.

Selon cette organisation, les chiffres officiels indiquent que le pourcentage d'organes issus de donations est passé de 23% en 2013 à 80% en 2014 et officiellement à 100% en 2015, lorsque le recours aux organes de prisonniers a été interdit.

"Ce n'est pas plausible qu'une transition complète ait pu avoir lieu en un ou deux ans", dit-elle. D'autant que la plupart des Chinois pensent qu'ils se réincarneront après leur mort, ce qui suppose d'avoir un corps intact et limite le nombre de candidats au don.

Dans son rapport, le China Organ Harvest Research Center affirme que des organes continuent à être prélevés sur des prisonniers exécutés mais aussi sur des prisonniers politiques tués pour cela dont des membres du mouvement spirituel Falungong ou de la minorité musulmane ouïghoure du Xinjiang, province régulièrement agitée par des affrontements meurtriers.

Il n'existe toutefois pas de preuve permettant de corroborer ces allégations, selon les organisations Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International.

"Le gouvernement chinois soumet les membres de Falungong et les Ouïghours à de mauvais traitements, incluant la torture et l'emprisonnement, mais il y a un manque de preuves sur le fait qu'ils puissent être exécutés pour leurs organes", a indiqué à l'AFP Maya Wang de HRW.

Ces deux organisations soulignent toutefois que le manque de transparence du système chinois de donation ne permet pas de juger de sa réussite.

- Tourisme des greffes? -

Il existe par ailleurs toujours des soupçons autour de l'existence d'un tourisme de la greffe en Chine.

L'année dernière, une télévision sud-coréenne a pu parler dans un hôpital de Tianjin, près de Pékin, à des patients étrangers à qui on avait dit que leur greffe pourrait avoir lieu au bout de quelques semaines seulement.

Interrogé à ce sujet à Madrid, Huang Jiefu a assuré que cette pratique était illégale et punie sauf si cela relevait de "l'aide humanitaire".

"La Chine a été au centre du tourisme de la greffe", a-t-il reconnu, mais les choses ont changé et plus de 60 médecins ont été "punis par la loi", a-t-il affirmé.

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