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Mercredi 21 Novembre 2018

PLANETE - Publié le 04/07/2018 à 13:17


Le riz ambre, trésor national d'Irak, frappé par la sécheresse



Devant sa maison dans le sud de l'Irak, Amjad al-Kazaali, un cultivateur de riz, regarde avec une immense tristesse la terre ocre devenue stérile par manque d'eau.

Pour la première fois cette saison, il n'a pu planter le riz « ambre » (« anbar » en arabe), une céréale cultivée depuis des siècles dans sa région et nommée ainsi en raison de son parfum qui ressemble à celui de la résine fossilisée.

À la mi-juin, le ministère de l'Agriculture a décidé de suspendre la culture du riz, du maïs et d'autres céréales, qui nécessitaient une importante irrigation, en raison de la sécheresse particulièrement sévère cette année.

Les pertes financières pour ces planteurs de riz, qui gagnent entre 300 à 500 000 dinars (330 à 550 $ CAN) par dounam (2500 m2), sont très importantes, selon Safaa al-Janabi, le directeur du ministère de l'Agriculture de la province de Diwaniya.

« Cela représente une perte totale de 50 milliards de dinars (55 millions CAN) » pour l'année, affirme-t-il à l'AFP.

Vêtu d'une dichdacha (robe masculine) et coiffé d'un keffieh à damiers blanc et noir, Amjad, 46 ans, est désemparé. Ses 200 dounams (50 ha) n'offrent pas le paysage habituel de tiges vertes bien alignées qui baignent dans l'eau.

« Nos yeux ne peuvent s'habituer à la couleur ocre de la terre. C'est trop dur de regarder mon champ sans mon ambre », dit-il désolé.

« Riz royal »

L'Irak produit 100 000 tonnes de riz par an, dont 35 % de riz ambre. Plus de 70 % de ce riz, dont les Irakiens sont friands et qu'ils ont surnommé « riz royal », est cultivé dans les régions de Diwaniya et Najaf. Il n'est quasiment pas exporté en raison de la faible quantité produite.

« Comme mes ancêtres le faisaient depuis des centaines d'années, depuis l'époque ottomane, j'avais l'habitude de vérifier avec mes pieds que les grains étaient bien plantés, puis de récolter le riz à la main », ajoute-t-il.

« C'est l'eau de l'Euphrate qui lui donne cette odeur fraîche que l'on peut sentir sur des kilomètres », dit-il fièrement.

Amjad et ses cousins possèdent environ 800 dounams de terres agricoles (200 ha) dans le village d'Abou Teben, à l'ouest de Diwaniya, à 160 km au sud de Bagdad.

La culture commence à partir du 15 mai jusqu'au 1er juillet et reste immergée jusqu'à la fin octobre. Sur quelques milliers de cultivateurs de riz dans la province, seulement 267 cultivent le type « ambre ».

Comme cette région est située sur la route menant aux villes saintes chiites de Kerbala et Najaf, nombre de visiteurs viennent acheter ce riz en grande quantité.

Selon son porte-parole Hamid al-Naef, le ministère de l'Agriculture avait élaboré un plan de 1,4 million de dounams (350 000 ha) pour toutes les cultures d'été, dont le riz et le maïs jaune et blanc.

« Principal revenu »

Mais le ministère des Ressources hydrauliques, « nous a informés qu'il était impossible de fournir les quantités suffisantes d'eau en raison de la sécheresse et de l'impact de la mise en route prévue en juillet du barrage turc d'Ilisu sur le Tigre ».

L'Irak, surnommé en arabe le « pays des deux fleuves » car traversé par le Tigre et l'Euphrate, a vu depuis des années ses ressources en eau diminuer.

« Le ministère a donc demandé aux agriculteurs de ne plus cultiver ni riz, ni maïs jaune et blanc, ni coton, ni sésame, ni tournesol, et a réduit la surface cultivable à 600 000 dounams (150 000 ha) ce qui représente moins de la moitié du plan initial, pour l'allouer à la culture des légumes et des palmiers », a souligné M. Naef.

Selon lui, « afin de compenser des pertes financières considérables qui les contraindraient à abandonner l'agriculture ou à migrer vers la ville », le premier ministre a affirmé cette semaine qu'il allait rembourser les agriculteurs, en particulier les producteurs de riz.

Mais Amjad est pessimiste. « Nous allons peut-être être contraints de quitter l'agriculture et même la région », dit-il. « Le riz est le principal revenu des agriculteurs dans ces zones, et cette interdiction représente une grande perte pour nous et nos familles ».

« Certains agriculteurs ont essayé de passer outre et de planter malgré tout leur riz, mais le ministère des Ressources hydrauliques a enlevé ses pompes, entraînant la destruction de la récolte », assure cet homme grand aux mains rugueuses.

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