ACCUEIL | FLUX RSS
Lundi 18 Juin 2018

PLANETE - Publié le 06/06/2018 à 15:02


Champignons et insectes à la rescousse pour remplacer les pesticides



Nous sommes en juin 2018 dans un laboratoire de l'Inra près de Nice. Toute la boîte de Pétri du chercheur Michel Ponchet est occupée par une moisissure blanche. Toute ? Non. Un champignon microscopique -nom de code Y3- résiste encore et toujours à l'envahisseur.

Ce champignon à l'étude, ainsi qu'un autre baptisé Pseudozyma, et une multitude d'insectes dits "auxiliaires" font partie de la panoplie d'organismes vivants appelés par les chercheurs à remplacer une partie des fongicides et insecticides chimiques utilisés dans les potagers ou les champs agricoles.

Même si la recherche peine à trouver une solution de remplacement aux herbicides à base de glyphosate, la lutte biologique, ou biocontrôle, est en plein développement.

Alors que les insecticides néonicotinoïdes seront interdits en France à partir du 1er septembre, le biocontrôle ne représente encore que 5% du marché des produits phytosanitaires, employé surtout sous serres et très peu dans les grandes cultures céréalières.

Mais les chercheurs de l'Inra à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes), qui ont récemment ouvert leurs portes à la presse, accumulent les succès.

Exemple, l'éradication du cynips du châtaignier, une micro-guêpe originaire de Chine qui dévaste les exploitations en Europe.

La solution a été trouvée en Chine aussi. Un parasitoïde très efficace, le Torymus sinensis, a été adapté en France, puis lâché chaque année depuis 2010 en différents endroits.

Aujourd'hui, les régions productrices de châtaignes ont retrouvé leur niveau de production d'il y a 10 ans.

"Une grande victoire" dit Nicolas Borowiec, ingénieur à l'Inra, lors d'une visite d'Entomopolis, bâtiment ultra-sécurisé où sont élevés en confinement absolu aussi bien des ravageurs comme les punaises, que les "auxiliaires" qui vont les anéantir.

Le plus connu est le trichogramme, une micro-guêpe parasitoïde qui va pondre ses œufs dans les larves des gloutonnes pyrales, empêchant leur développement.

"Nous cherchons à diversifier leur utilisation, connue depuis plusieurs décennies pour le maïs", explique Nicolas Ris, ingénieur. Des trichogrammes pourraient bientôt protéger riz, canne à sucre, ou tomate sous serre.

Plusieurs installations expérimentales aident à mieux comprendre ces micro-insectes de moins d'un demi-millimètre de long, si utiles à l'homme.

- "L'odeur de la plante qui appelle au secours" -

Un serpentin sinusoïdal permet d'étudier leurs déplacements. Sous une plaque de plexiglas reliée à des bouteilles d'huiles essentielles - un olfactomètre - on teste les odeurs qui les attirent ou les repoussent.

"Le plant de maïs émet une odeur pour signaler qu'il est attaqué par des ravageurs, et le trichogramme sait reconnaître l'odeur de la plante qui appelle au secours", explique un chercheur.

Les deux prochains défis de l'Inra portent sur l'éradication du carpocapse de la pomme, larve qui se repait du fruit le plus consommé en France, et du drosophile suzukii, moucheron originaire d'Asie qui détruit les cerises et les fraises.

Dans le premier cas, les chercheurs acclimatent depuis deux ans un parasitoïde, Mastus ridens, issu du Kazakhstan. S'attaquant à la larve, il a déjà donné de bons résultats aux Etats-Unis, au Chili, en Argentine, en Nouvelle-Zélande et en Australie.

Les premiers lâchers en verger devraient intervenir d'ici à 2019.

Contre le drosophile suzukii, la micro-guêpe Ganapsis fait figure de "candidat prometteur", mais l'Inra n'attend pas l'autorisation de l'introduire dans l'environnement avant deux ans. Il faut notamment s'assurer d'abord de son innocuité pour la biodiversité.

De quoi faire piaffer les arboriculteurs bio qui attendent une solution naturelle alternative contre le drosophile, alors que le principal insecticide chimique, le diméthoate, a été interdit en France en 2016.

"Parfois on a des loupés", admet le chercheur Xavier Faubergue, en citant la lutte contre la mouche de l'olive. Le parasitoïde introduit entre 2007 et 2010 en France n'a pas fonctionné, "probablement parce que les hivers y sont trop froids".

Côté champignons et micro-organismes contre les fusarioses du blé et autres moisissures des plantes, le potentiel de la lutte biologique est encore plus élevé. La course est lancée pour trouver la molécule naturelle qui vaincra le mildiou sur les vignes ou les tomates.

"Les champignons sont des usines à molécules, ils présentent beaucoup de potentiel phytosanitaire et pharmacologique", souligne Michel Ponchet dans son laboratoire.

"Les industriels sont d'ailleurs beaucoup plus impliqués dans ce secteur que dans celui des insectes", ajoute Thibaud Malausa, coordonnateur scientifique du biocontrôle à l'INRA.

Avec plus de 1.400 séismes en un mois, Mayotte vit dans l'angoisse
Turquie: Canal Istanbul, dernier projet fou d'Erdogan
Pays-Bas: le gouvernement veut rémunérer les trajets en vélo des salariés
Le plastique biodégradable, utile mais pas miracle contre la pollution
Mexique: le nombre de jaguars en hausse de 20%
Requins retrouvés morts: la mairie va déposer plainte
Déforestation en Colombie: l'équivalent du Luxembourg perdu en 2017
L'Antarctique fond à un rythme accéléré
Crise de l'eau en Afrique du Sud: levée de l'état de catastrophe naturelle
Le Parlement européen déclare la guerre aux bouteilles en plastique
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Colombie: la paix dévoile des merveilles d'art rupestre cachées dans la jungle
La technique s'améliore pour greffer des organes infectés par l'hépatite C
L'accélérateur de particules du Cern entame sa mue pour multiplier les collisions
Avec plus de 1.400 séismes en un mois, Mayotte vit dans l'angoisse
Turquie: Canal Istanbul, dernier projet fou d'Erdogan
 LES PLUS LUS 
Les scientifiques américains transfèrent la mémoire d'un escargot à l'autre en transplantant de l'ARN
A la recherche de l'origine des Incas, grâce à la génétique
Pologne: Première naissance en captivité d'un couscous, marsupial indonésien
Découverte d'un nouveau site de sacrifice rituel d'enfants au Pérou
Un château en Corrèze pour un peu plus de 11 euros et la bonne cause
Dans le sud du Maroc, les météorites suscitent les convoitises
Le musée des égouts de Paris fait peau neuve
Reforestation: un appel à projets pour planter un million d'arbres
Au Chili, un vent de liberté sexuelle fait exploser les cas de VIH
Climat: moins de neige et la belette blanche devient une cible
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2018 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.021 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.