ACCUEIL | FLUX RSS
Mercredi 20 Novembre 2019

RECHERCHE - Publié le 23/04/2018 à 22:14


À la poursuite d'un vaccin universel contre la grippe



Face au virus de la grippe mutant chaque année, un vaccin efficace dans la durée et contre un maximum de souches fait toujours défaut, laissant planer le risque d'une nouvelle pandémie. L'industrie biopharmaceutique y travaille, mais le chemin s'annonce encore long.

Swiftwater, petite localité rurale de Pennsylvanie entre torrents poissonneux et collines boisées des Appalaches, abrite l'une des plus grandes usines au monde de Sanofi Pasteur, la division vaccins du géant pharmaceutique français Sanofi.

Ce site de 2500 salariés produit essentiellement des vaccins saisonniers contre la grippe, selon un procédé bien établi dans l'industrie, mais largement méconnu du grand public: la culture des souches virales dans des oeufs de poule.

Des centaines de milliers d'oeufs embryonnés venant de fermes spécialisées de la région sont livrés quotidiennement sur place. Avec une aiguille, un bras robotisé inocule dans chacun d'entre eux une souche atténuée du virus.

«L'oeuf est le petit bioréacteur dans lequel on peut développer le virus de la grippe», explique Franck Chassant, le directeur de l'usine.

Après quelques jours d'incubation et de réfrigération, les oeufs sont contrôlés, puis ouverts. Seul le blanc, dans lequel le virus s'est épanoui, est récolté.

Suivent diverses étapes de purification, inactivation du virus, filtration puis formulation pour rassembler différentes souches dans une dose unique de vaccin. Avec le remplissage, l'emballage et les analyses, le processus complet peut prendre jusqu'à 6 mois.

Un procédé solide, mais imparfait

Deux fois par an, en février pour l'hémisphère Nord et en septembre pour l'hémisphère Sud, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) évalue quelles seront les souches de la grippe les plus menaçantes pour l'hiver suivant et transmet ses consignes aux fabricants.

Cependant «ce processus épidémiologique tend à entraîner une faible efficacité vaccinale, notamment quand les souches retenues pour les vaccins ne correspondent pas aux nouvelles souches en circulation», explique à l'AFP Tamar Ben-Yedidia, directrice scientifique de BiondVax, biotech israélienne en pointe sur la grippe.

La technologie d'incubation dans des oeufs, bien que robuste, n'est pas non plus irréprochable: de légères différences tendent à apparaître entre les souches de départ et les antigènes obtenus au final, atténuant l'efficacité des vaccins.

Un problème dont sont conscients les fabricants, d'autant que leurs vaccins antigrippaux actuels ne sont utiles que sur une saison et protègent à des degrés divers contre quatre souches, au mieux.

Une production «plus fiable» et dans des délais plus courts peut être obtenue avec des vaccins développés à partir de cellules, selon John Shiver, patron de la recherche-développement de Sanofi Pasteur.

C'est l'une des raisons de l'acquisition l'an dernier par le groupe français de l'américain Protein Sciences, qui commercialise déjà aux États-Unis un vaccin antigrippal à partir de cellules d'insectes.

Mais les vaccins antigrippaux du futur devront aussi cibler des propriétés centrales du virus, qui ne mutent pas chaque année.

FluNXT, arme secrète de Sanofi Pasteur

«C'est comme dans une voiture avec énormément d'options, mais dont le moteur, bien protégé, reste le même», compare Laurent Humeau, directeur de la recherche-développement chez Inovio.

Cette biotech californienne est récemment parvenue à immuniser plusieurs espèces d'animaux mammifères contre une large sélection de souches grippales des 100 dernières années, en leur injectant un fragment d'ADN commun à toutes ces souches.

Le candidat-vaccin M-001 de BiondVax cible pour sa part une sélection de peptides, des petites protéines communes au virus de la grippe, et il est censé stimuler une double réponse immunitaire.

Son intérêt réside aussi dans son stade clinique avancé: il s'apprête à être testé dès cet automne sur quelque 9600 volontaires de 50 ans et plus en Europe de l'Est, pendant deux saisons grippales.

David Loew, le patron de Sanofi Pasteur, affirme cependant ne pas croire à la perspective d'un vaccin «universel» contre la grippe. «Beaucoup de biotechs lancent ce genre de rumeurs, c'est une exagération pour avoir des fonds», balaie-t-il.

Mais le numéro un mondial des vaccins antigrippaux ne pouvait pas risquer de rater le coche. Sanofi Pasteur a ainsi créé l'an dernier sa propre biotech interne, FluNXT, missionnée pour mettre au point un vaccin antigrippal «à protection élargie», un objectif jugé plus réaliste.

«FluNXT est l'un des plus grands projets, sinon le plus grand que nous ayons» assure M. Shiver, restant en revanche avare de détails. Selon M. Loew, développer un tel vaccin «prendra dix ans».

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire

  • Maximum 250 caractères


Le recours au cannabis serait peu efficace pour réduire la consommation d'opioïdes chez les patients dépendants
Des chercheurs ont appris à des rats à conduire des mini-voitures
Le stress prénatal chez les futures mères pourrait nuire au développement cérébral de l'enfant à naître
La pratique régulière du sport pourrait améliorer la santé cardiovasculaire à n'importe quel âge
L'infertilité masculine et le cancer de la prostate pourraient avoir des causes communes selon une étude
Des chercheurs ont appris à des rats à jouer à cache-cache
L'anémie en début de grossesse pourrait augmenter le risque d'autisme chez l'enfant
Des chercheurs présentent une méthode pour détecter "plus efficacement" la maladie d'Alzheimer
Dormir trop ou trop peu nuirait à la santé cardiaque
Découverte d’une seconde mutation génétique résistante au virus du sida
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Au Royaume-Uni, les castors appelés à la rescousse contre les inondations
La période de reproduction de la grande barrière de corail a commencé
Titan, un monde de plaines, de montagnes et de lacs
Le recours au cannabis serait peu efficace pour réduire la consommation d'opioïdes chez les patients dépendants
Les couettes et oreillers en plume peuvent être nocives pour les poumons, alertent des médecins
 LES PLUS LUS 
Découverte au Japon d'une nouvelle espèce de dinosaure
Chine: après les chats, voilà les bars... à canards
Le monstre du Loch Ness: et s'il y avait anguille sous roche?
Antarctique: expédition écologique et éducative pour évaluer la pollution
Un serpent à deux têtes découvert à Bali
La plus grande étude d'ADN éclaircit l'origine des langues indo-européennes
Pérou: explosions et nuées de cendres depuis le volcan Ubinas
Découverte d'une marche funèbre vieille de 550 millions d'années
Trois millions de dollars pour les auteurs de la première image d’un trou noir
Planète: la seule issue se trouve sous terre, selon certains experts
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.066 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.