ACCUEIL | FLUX RSS | APPLI ANDROID
Vendredi 18 Août 2017

SANTE - Publié le 06/05/2017 à 19:59


Une molécule vieille de 50 ans efficace pour prévenir l’hémorragie de l’accouchement



L’injection d’acide tranéxamique dans les 3 heures suivant le début de l’hémorragie pourrait permettre de réduire d’un tiers les décès maternels.

L’hémorragie du post-partum, définie comme une perte d’au moins 500 millilitres de sang survenant dans les 24 heures qui suivent l’accouchement, touche environ 2% des femmes. Près d’un quart des décès maternels dans le monde sont imputables à cette «hémorragie de la délivrance», dont la quasi-totalité a lieu dans les pays à faible revenu. Actuellement, la prise en charge d’une hémorragie du post-partum repose sur l’administration d’oxytocine (dont des études récentes ont montré qu’elle était pourtant liée à un risque près de deux fois plus élevé d’hémorragie grave), la mise en oeuvre d’un massage utérin ou encore l’injection de produits visant à maintenir le débit cardiaque.

Il existe aussi un médicament capable d’empêcher ou de réduire les hémorragies - l’acide tranéxamique -, mais celui-ci n’est indiqué qu’en cas de persistance de l’hémorragie. Une recommandation qui pourrait bien être bousculée, puisqu’une nouvelle étude de grande ampleur vient de montrer que l’administration d’acide tranexamique dès l’apparition des saignements pourrait permettre de réduire la mortalité maternelle d’un tiers. Les résultats ont été présentés dans la revue médicale The Lancet le 26 avril.

Une étude internationale

Au total, 20.000 femmes ayant accouché dans 193 hôpitaux de 21 pays - principalement d’Afrique et d’Asie - ont participé à l’étude entre 2010 et 2016. Agées de plus de 16 ans, elles ont toutes été victimes d’une hémorragie de la délivrance après avoir donné naissance par voie basse ou par césarienne. Au moment du diagnostic, elles ont été réparties au hasard pour recevoir soit 1 gramme d’acide tranéxamique par voie intraveineuse, soit un placebo (substance sans effet pharmacologique), en plus des soins habituellement prodigués.

Deux résultats marquants: d’une part, les femmes traitées avec l’acide tranéxamique ont vu leurs saignements diminuer par rapport à celles qui ont reçu le placebo. D’autre part, la mortalité maternelle a chuté dans ce groupe: 155 décès dûs à l’hémorragie sur 10 000 femmes enregistrées pour l’acide tranéxamique (1,5 %) contre 191 sur 9 985 dans le groupe placebo (1,9 %). Le médicament a été particulièrement efficace lorsqu’il a été administré dans les 3 heures suivant le saignement, réduisant les décès d’un tiers: 89 décès chez les femmes traitées contre 127 chez les autres.

Par contre, s’il est administré dans un délai supérieur à 3 heures après le début de l’hémorragie, le médicament ne semble plus faire effet: 66 femmes ayant reçu de l’acide tranexamique 3 heures après les premiers saignements ont perdu la vie, contre 63 femmes pour le placebo.

Médicament bon marché

Autre avancée: les interventions chirurgicales contre les saignements ont également été moins nombreuses dans le groupe ayant reçu de l’acide tranéxamique que dans le groupe placebo (respectivement 0,8 % et 1,3 %). Quant aux décès pour d’autres causes (embolie pulmonaire, sepsis, éclampsie…), ils étaient identiques entre les deux groupes.

«Nos résultats suggèrent que, si l’acide tranéxamique est utilisé dans le traitement de l’hémorragie du post-partum, il devrait être donné dès le début des saignements, en même temps que l’oxytocine», écrivent les auteurs. «Cependant dans les pays pauvres, beaucoup de décès dûs à une hémorragie du post-partum surviennent à domicile ou dans des lieux où l’injection par voie intraveineuse n’est pas possible. C’est pour cela que le mode d’action de l’acide tranexamique par d’autres voies doit encore être évalué», soulignent les chercheurs.

L’acide tranéxamique est une molécule découverte à la fin des années 1960 par un couple de chercheurs japonais Shosuke et Utako Okamoto aujourd’hui décédés. Il agit en bloquant la fibrinolyse, un processus de dissolution des caillots sanguins. Il fut utilisé initialement lors de saignements anormaux, puis pour diminuer le saignement postopératoire. Son faible coût freina son développement comme moyen de réduction du saignement péri-opératoire face à l’aprotinine, molécule quant à elle, fortement soutenue par l’industrie.

En France, l’hémorragie du post-partum représente 8% des causes de décès à l’accouchement, soit 1,9 décès sur 100.000 naissances.

Soyez le premier à commenter cet article!

Laisser un commentaire


 Publicité 
 Top News 
Médicaments, l'invisible pollution de l'eau
Vers Alpha du Centaure à 60.000 km/s, le rêve d'un milliardaire russe
Mexique: l'homme le plus gros du monde en passe d'être opéré
Comment Facebook filtre notre connaissance du monde?
Espagne: un mort de la fièvre du Congo après une piqure de tique
A Marseille, l'agriculture urbaine prend ses quartiers Nord
Google installe de vrais clients dans ses voitures autonomes
Décès du mathématicien français Jean-Christophe Yoccoz, médaille Fields 1994
L'infection pulmonaire: un risque de dégradation chez les personnes âgées
Italie: un village de trompe-la-mort va révéler son secret
 Publicité 
 En image 
 Dernières réactions 
18/01/2016 - 17:34 - eric
Chez moi: ni bureau, ni papiers, aucune bureaucratie. ...
17/12/2015 - 15:37 - gilles
Je vois une erreur dans ce calcul. Car on ne ...
10/11/2015 - 20:51 - carole ferrer
DES PROMESSES JE N AI PLUS AUCUNE CONFIANCE DANS LES ...
17/03/2014 - 01:21 - Micha
Bordélique de nature je bosse nettement le jour dans l'année ...
03/03/2014 - 10:31 - didier
Se pourrait-il qu'inconsciemment on soit poussé à éternuer sans rien ...
 Publicité 


2011-2017 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.034 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.