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Jeudi 21 Juin 2018

SANTE - Publié le 06/05/2017 à 19:57


Retrouver une vie après avoir vécu le pire



Après avoir traversé des drames majeurs, certains arrivent - par différents moyens - à voir la vie autrement. Et à ne pas renoncer au bonheur.

Ne lui parlez pas des différentes façons de «faire son deuil». Pour Armelle Six, belle jeune femme au regard bleu intense, cette formule un peu rapide ne correspond pas à ce qu’elle-même a vécu. «La jeune mère que j’étais et qui est entrée à l’hôpital avec son petit garçon de 14 mois plongé dans un coma dont il n’est pas sorti est d’une certaine manière morte avec lui, affirme-t-elle. Je suis revenue de ces cinq jours radicalement autre.»

À seulement 23 ans, elle qui était un esprit très rationnel et une gymnaste émérite se retrouve brutalement plongée en elle-même, avec toutes sortes de questions sans réponse: «Qui suis-je? Et que serai-je si je ne suis plus une mère? Que vais-je faire?» Très vite, Armelle comprend: «Il y a eu une autre vie en moi qui se manifestait et que je devais découvrir», résume-t-elle. Quitter le père de son enfant, changer d’emploi, de pays, de continent même, la jeune femme n’a pas lésiné sur sa transformation. «Il fallait que je me donne la vie, et en ce sens, je dis que mon fils m’a lui aussi fait naître à moi-même. Je n’avais pas le choix.»

Agnès Ledig, sœur d’Armelle dans cette épreuve - elle aussi a perdu un fils en bas âge, Nathanaël -, emploie cette même expression «je n’avais pas le choix».

Faire un choix de vie, et même - osons le mot - de bonheur? «Quand on vit ce genre d’épreuve, on rencontre toutes sortes de personnes ayant vécu la même chose qui, dix, vingt ans après, sont toujours percluses de chagrin et de souffrance. Je ne voulais pas de ça», confie celle qui est devenue l’une des romancières les plus appréciées du moment. «Je ne le pouvais pas! D’ailleurs, j’avais promis à mon fils que je serais heureuse, quand même.»

Pour elle, qui était sage-femme et avait commencé par tenir une chronique sur l’état de santé de son fils, c’est l’écriture qui s’est imposée comme outil majeur de transformation, avec des best-sellers - Juste avant le bonheur ou Pars avec lui, tous deux vendus à plus de 100 000 exemplaires (Éd. Albin Michel). Dans ces histoires comme dans son dernier roman, De tes nouvelles, on retrouve un art de la légèreté, de la joie de vivre les choses simples, une existence proche de la nature… Et de certaines pratiques psychothérapeutiques. «Je me suis fait aider à certains moments, reconnaît Agnès Ledig, mais surtout j’ai été formée en accompagnement émotionnel, et je sais combien il faut de rituels, de gestes symboliques ou de liens pour voir la vie autrement ensuite. J’ai compris que j’allais mieux quand j’ai commencé à accepter d’aller moins bien parfois. Et quand j’ai osé m’exprimer vraiment.»

La journaliste Claire Aubé, qui a recueilli les témoignages de douze personnes s’étant ainsi reconstruites après un drame majeur - maladie incurable, handicap, attentats… -, fait ce même constat. «Travaillant à cette enquête, j’ai appris que l’on peut avoir accès à une grande force intérieure en arrêtant de vouloir se conformer et en étant soi-même, ce qui n’est pas une mince affaire, j’en conviens. (…) Les témoins qui racontent leur histoire dans ce livre ont un point commun: ils n’ont pas renoncé au bonheur», écrit-elle dans Se relever après une épreuve (Éd. Leduc).

Chez beaucoup, le recours après ces heures terribles est la créativité sous toutes ses formes. Camille Simien, jeune musicienne rescapée de l’attentat du Bataclan, a raconté à Claire Aubé combien la vie change ensuite. «L’échelle de valeurs construite jusqu’ici s’est brisée, et des pages blanches s’ouvrent devant soi. Lorsque l’impensable arrive, l’impossible devient possible», affirme-t-elle. Depuis un an, elle se consacre à des ventes aux enchères au bénéfice des associations d’aide aux victimes du terrorisme et au financement de projets civiques et solidaires (voir le site www.thehummingbirdsproject.org).

Armelle Six, elle, donne des conférences très courues. «Je n’y parle pas de la mort et du deuil, mais plutôt de la vie.» Et elle aussi soutient une action qui a du sens, participant à une levée de fonds pour que le documentaire «Et je choisis de vivre», du réalisateur Nans Thomassey (www.etjechoisisdevivre.com), puisse être bientôt terminé. «Dans le film, nous suivons une jeune femme, Amande, qui vient de perdre son enfant, explique Armelle Six. Elle décide de partir à la rencontre d’autres qui ont vécu cette même épreuve et sont cependant restés connectés à la petite flamme de la vie qui, quoiqu’il arrive, reste toujours là.». Le deuil se termine-t-il un jour? Comment accompagner un proche? Un voyage initiatique en quelque sorte, pour aider tous ceux qui ont à le vivre.

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