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Lundi 25 Septembre 2017

SANTE - Publié le 28/04/2017 à 17:55


Cancer : quand la guérison se lit dans la flore intestinale



La présence de certaines bactéries dans les intestins de patients atteints d’un mélanome augure du succès de la thérapie.

Pour la première fois chez l’homme, une étude montre que le microbiote intestinal - ces 100.000 milliards de bactéries qui tapissent l’intérieur de nos viscères - influence fortement la réponse de l’organisme à un traitement (appelé ipilimumab) contre le cancer de la peau. Cette molécule fait partie de la famille des immunothérapies, qui s’attaquent aux tumeurs en activant la réponse du système immunitaire du patient. Une approche très efficace, même contre des cancers que l’on pensait jusqu’à récemment incurables.

Des cancérologues, gastro-entérologues et chercheurs de l’AP-HP (Assistance publique-hôpitaux de Paris), l’Inra (Institut de recherche agronomique), de l’Institut Gustave Roussy et de l’Inserm ont analysé le microbiote intestinal de 26 patients atteints de mélanome à partir d’échantillons de fèces offrant un bon aperçu de la vie qui grouille dans nos entrailles.

«Ces patients étaient atteints de mélanome à un stade avancé, avec des métastases. Ils n’ont pas répondu au traitement habituel, donc ils ont reçu de l’ipilimumab», explique le Pr Franck Carbonnel, chef du service de gastro-entérologie à l’hôpital Bicêtre (AP-HP) et coauteur de l’étude.

Ce médicament, disponible sur le marché depuis 2011, est très efficace, mais est connu pour avoir des effets indésirables graves. «Contrairement aux autres médicaments contre le cancer, qui attaquent les cellules cancéreuses, l’ipilimumab active le système immunitaire du patient, ce qui peut provoquer des maladies inflammatoires ou auto-immunes», poursuit le médecin.

Avec son équipe, le Pr Carbonnel a montré que les patients hébergeant une majorité de bactéries de type Faecalibacterium ont une meilleure réponse au traitement que ceux dont le microbiote est riche en bactéries Bacteroides. «Cette information pourrait à l’avenir permettre d’identifier à l’avance les candidats pouvant bénéficier de ce traitement très coûteux», souligne le Pr Carbonnel.

Comment les chercheurs ont-ils fait le lien entre le microbiote intestinal, l’efficacité du médicament et sa toxicité? «Les personnes chez qui le traitement fonctionne le mieux sont aussi celles qui sont le plus sujettes à des entérocolites, avec des symptômes très proches de ceux des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, telles que la maladie de Crohn», raconte le spécialiste. Or le microbiote intestinal joue justement un rôle central dans ces maladies, de même que dans la formation et la régulation du système immunitaire.

Que se passe-t-il dans les replis de leurs intestins? Les personnes qui ont un «bon» microbiote possèdent des bactéries capables de produire du butyrate, une molécule entraînant la formation de cellules du système immunitaire, les lymphocytes T régulateurs. L’ipilimumab, lui, est un médicament qui diminue l’action de ces cellules.

«Chez les malades qui ont ce microbiote, le système immunitaire va s’activer fortement sous l’action de l’ipilimumab, il va cibler les cellules cancéreuses, mais aussi d’autres types de cellules. Et c’est cela qui entraînera des maladies inflammatoires», explique le Pr Carbonnel.

Pour résumer, si le patient a le bon microbiote, il mobilisera davantage ses défenses immunitaires, et cela se traduira par un succès thérapeutique, mais également par un risque élevé de développer une entérocolite. Dans un communiqué, les auteurs de l’étude évoquent leurs résultats comme «une étape majeure vers une manipulation de la composition de la flore intestinale afin d’améliorer l’efficacité de l’immunothérapie».

Ces résultats, qui paraîtront le mois prochain dans la revue Annals of Oncology, confirment l’importance des bactéries intestinales dans la réponse aux traitements contre le cancer et ouvrent la voie à une meilleure identification des malades pouvant bénéficier de ces traitements.  «Il faudra d’autres études pour confirmer ce résultat sur un nombre plus important de patients, mais notre étude a permis de valider un concept», conclut le Pr Carbonnel.

Ce résultat est source d’espoir, car dans bien des cancers très différents, les immunothérapies ne fonctionnent que pour un petit nombre de malades (entre 10 et 20% d’entre eux). Comprendre la raison de cette efficacité très spécifique et tenter de l’étendre à un plus grand nombre de patients sont des enjeux majeurs de la recherche actuelle en cancérologie.

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