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Samedi 16 Fevrier 2019

RECHERCHE - Publié le 14/05/2016 à 15:37


A la recherche de nouveaux traitements contre le lupus




Une série d'essais sont en cours dans le monde pour tester de nouveaux traitements contre le lupus, une maladie rare inflammatoire due à un dérèglement du système immunitaire.

«Une cinquantaine de médicaments sont en cours d'essai chez l'homme pour améliorer la prise en charge du lupus», explique le Pr Jean Sibilia, responsable du Centre national de référence des maladies auto-immunes systémiques au CHU de Strasbourg lors d'une conférence de presse, organisée par le laboratoire Néovacs à l'occasion de la journée mondiale du Lupus. Cette maladie est due à un dérèglement du système immunitaire qui considère alors comme «étrangers» des composés de notre corps. Normalement censé nous défendre contre les bactéries ou les virus, il va alors être capable de s'attaquer à différents organes pouvant causer de simples marques sur le visage jusqu'à des insuffisances rénales ou cardiaques dans les formes les plus sévères de la maladie. «Le lupus est une maladie chronique que l'on ne peut pas guérir, on peut simplement en calmer les manifestations», rappelle le Pr Sibilia.

Touchant 30 000 personnes en France et préférentiellement les femmes, le lupus, non contagieux, se déclenche souvent entre 20 et 30 ans et évolue par poussées (alternance de phases d'activité et de rémission). «Une prédisposition génétique combinée à des facteurs favorisant comme l'exposition au soleil, à certains virus, aux œstrogènes, provoque le déclenchement du la maladie», explique Eric Hachula, professeur de médecine interne à Lille.

Une maladie multifacette

Le lupus, «loup» en latin, tire son nom de la forme cutanée de la maladie qui provoque une éruption rouge sur les joues et le nez dessinant sur le visage la forme du fameux masque vénitien. Dans d'autres cas, les articulations sont touchées engendrant des douleurs invalidantes surtout au niveau des mains. Une fatigue chronique handicapante s'ajoute aux symptômes parfois accompagnée d'une perte de cheveux et d'aphtes dans la bouche. En dehors de ces manifestations qui n'engagent pas le pronostic vital, certaines peuvent être plus sévères. Reins, cœur, poumons et cerveau sont aussi susceptibles d'être attaqués. «Beaucoup de formes sont bénignes et le resteront mais malheureusement au cours de la maladie des complications peuvent survenir justifiant une surveillance au long cours», précise le Pr Sibilia.

Un état d'épuisement complet

«En période de poussée, je suis dans un état d'épuisement complet, je ne peux plus me concentrer. Pour me reposer je m'isole car personne ne comprend» sont les mots souvent entendus par Marianne Rivière, présidente depuis 15 ans de l'association française du lupus (AFL+). «Faire comprendre la réalité et le ressenti d'une maladie invisible à son entourage familial et professionnel est très difficile», explique la présidente. Il en résulte perte d'estime de soi, isolement social et difficultés d'insertion professionnelle. «J'ai réussi à faire reconnaître la fatigue au même titre que les autres symptômes, c'est une de mes grandes victoires», reconnaît Marianne Rivière.

Vers une médecine précision

Actuellement, les anti-paludéens de synthèse, prescrits en traitement de fond, les corticoïdes et les immunosuppresseurs utilisés seuls ou en combinaison visent à diminuer l'activité du système immunitaire pour traiter la maladie. Le problème est que leur action n'est pas ciblée mais provoque une baisse immunitaire généralisée qui laisse les patients plus sensibles aux infections (pneumonies, infections urinaires). De plus les corticoïdes peuvent avoir de nombreux effets secondaires: diabète, ostéoporose, irritabilité, prise de poids.

La stratégie de recherche actuelle est de développer des médicaments qui ne suppriment pas l'immunité mais la module en agissant directement sur les cellules ou les molécules perturbées dans le lupus. C'est le cas des 56 biomédicaments, fabriqués par des cellules en laboratoire, actuellement testés à travers le monde. L'un d'eux, développé par le laboratoire français Néovacs, a pour cible l'interféron, une des molécules responsables de l'inflammation et capable de stimuler les cellules immunitaires «coupables» dans le lupus. Neutraliser l'interféron permettrait ainsi de moduler l'activité de la maladie. Les résultats sont attendus pour l'été 2017. «Les multiples formes du lupus sont certainement liés à des dérèglements immunitaires différents, on peut donc espérer que ces études permettront le développement de traitement de précision avec un ou des biomédicaments pour chaque expression de la maladie», conclut le Pr Sibilia.

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