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Mardi 19 Juin 2018

FUTUR - Publié le 07/09/2015 à 21:10


Avec des puces électroniques greffées sous la peau, les cyborgs interpellent



Rainer Bock regarde nerveusement ailleurs pendant que l'aiguille plonge entre son pouce et son index. Sous sa peau, une petite puce va désormais lui permettre d'interagir avec des objets connectés, de quoi susciter le débat au salon IFA de Berlin.

"Ça n'a pas fait si mal", s'enhardit le volontaire de 36 ans, salarié chez l'expert en cybersécurité Kaspersky. Avec cet implant sous-cutané "NFC" (l'abréviation anglaise de "communication en champ proche") de la taille d'un grain de riz, l'Allemand peut désormais revendiquer le titre de "cyborg": un humain avec des greffes de parties mécaniques.

Il y aurait déjà "environ 10.000 +cyborgs+" dans le monde, estime pour l'AFP Dangerous Things, le fournisseur de bioimplants NFC le plus connu.

Le nouveau cobaye refuse pourtant qu'on le compare à Terminator. Et ses motivations sont très éloignées du public des "Implant Parties" qui fleurissent actuellement en Europe, assure-t-il.

"Ces gens veulent faire partie intégrante d'internet (...) Pour moi, c'est juste de la curiosité. Je doute vraiment qu'on puisse faire des choses si exceptionnelles avec" cette puce, confie-t-il.

A côté de lui, Evgeny Chereshnev passe en revue les différents usages qu'il fait de son implant, sous sa peau depuis déjà sept mois. Chef des réseaux sociaux chez Kaspersky, le trentenaire n'a plus besoin de badge au bureau ou au club de gym, déverrouille son smartphone et tweete instantanément, ou allume les lumières chez lui à l'intensité qui lui convient, d'un simple geste de la main.

"Nous sommes encore très loin derrière Robocop, mais bien meilleurs qu'Inspecteur Gadget", plaisante-t-il sous ses cheveux longs. Le Russe tient un blog sur son expérience et espère contribuer à "créer un concept de propriété privée pour les données", à l'heure actuelle gérées à leur guise par Google, Apple, Yahoo et consorts.

Protection des données

Ces puces ne sont pour le moment pas très sophistiquées, reconnaît Marco Preuss, le directeur européen de la recherche chez Kasperky, mais elles pourraient bientôt servir de moyen de paiement, de titre de transport public, de fichier médical d'urgence en cas d'accident, etc.

Ce qui pose immédiatement la question de la confidentialité de ces données et du piratage, dans un monde où "tout ce qui peut être piraté sera piraté", prédit l'expert.

Contrairement au wifi ou au bluetooth, une puce NFC ne fonctionne qu'à très courte portée. De quoi rassurer ses porteurs pour le moment: "Pour accéder à mes données, il faut savoir exactement où est ma puce et me toucher", explique M. Chereshnev.

Mais les données ne sont pas encryptées, et sont au mieux protégées par un mot de passe à quatre caractères, "facile à casser", pointe M. Preuss, en s'effrayant que des données médicales puissent éventuellement être dérobées aisément par un smartphone proche de la puce.

Pas de quoi faire reculer les enthousiastes. "Nous devons explorer cette technologie avant que les grands groupes ne proposent leurs propres puces", assène Hannes Sjöblad, membre du réseau BioNyfiken, un collectif de "biohackers".

Coiffure impeccable et look sage, ce Suédois de 39 ans se décrit volontiers comme proche du transhumanisme, un mouvement philosophique qui explore l'idée d'un "être humain augmenté". Il a lancé le concept des Implant Parties à Stockholm en octobre 2014 et se veut rassurant: les puces sont recouvertes d'un bioverre hypoallergénique, se retirent sans difficulté et ne sonnent pas dans les portiques d'aéroports, promet-il.

Le phénomène n'est pas nouveau: en 2004 déjà un club de Barcelone proposait à ses membres un implant "VIP" pour entrer et régler ses consommations. L'expérience s'était révélée sans lendemain, mais les objets connectés sont désormais bien plus nombreux, fait valoir M. Sjöblad - la plupart des smartphones Android ont une puce NFC, tout comme certaines cartes bleues par exemple.

Mais l'engouement soulève aussi de nombreuses questions éthiques et "la plupart des gens sont encore sceptiques", observe Astrid Carolus, psychologue des médias à l'Université de Würzburg en Allemagne.

"Les politiques sont en retard là-dessus. Des entreprises (...) inventent des produits pour lesquels nous n'avons pas de cadre juridique. C'est un exemple typique", conclut-elle.

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