ACCUEIL | FLUX RSS
Samedi 16 Fevrier 2019

SEXO - Publié le 04/05/2015 à 16:28


Que gagne-t-on à vivre en couple ?




Dans une époque individualiste, vivre à deux s'avère  de plus en plus difficile. Mais bénéfique sur bien des points.

Il y a quelques années, une enquête de l'Insee avait fait grand bruit. On y apprenait en effet que ceux qui vivent en couple avaient plus de chances de vivre plus longtemps, et en bonne santé, que les célibataires (1). Pour les partenaires ayant entre 40 et 50 ans, la vie à deux s'avérait presque «magique», le taux de mortalité s'y trouvant de deux à trois fois moins élevé que chez les célibataires.

Ces informations, dans un contexte où le taux de mariages ne cesse de diminuer, où 40 à 45% d'entre eux finissent par un divorce (généralement au bout de douze ans de vie commune), avaient de quoi réjouir les «pro-couple». Cela tenait de la campagne de promotion pour un choix de vie de plus en plus fragile!

Vivre à deux n'éloigne pas que la maladie. Cela protège de la précarité, de l'isolement social, de certaines conduites à risques… Et, psychologiquement parlant, la formule reste très efficace en termes de transformation de chacun, ainsi que l'a observé, tout au long de sa carrière, le sociologue Jean-Claude Kaufmann. «Elle m'a tiré vers le haut», disait de sa compagne «longue durée» un témoin filmé dans un documentaire de la série Infrarouge récemment diffusé sur France 2 (2) , manière de joliment résumer la stimulation, voire la progression personnelle rendue possible par la vie commune (en cas de violences conjugales ou de mauvais rapports, cette intensité a malheureusement autant d'effets, dans un sens destructeur…).

«La meilleure thérapie qui soit»

En général protecteur et formidable sas d'entraide, le couple? «Dans une époque où les liens traditionnels de solidarité - la famille élargie, le village… - s'effritent, le repli s'effectue sur de plus petites unités. Le couple est certainement une cellule économique qui apparaît comme un refuge», admet la sociologue Bernadette Bawin-Legros, qui vient de publier avec la psychothérapeute Hannelore Schrod Le Couple rythmé par ses crises(3). «Cependant, cet apport est secondaire par rapport à l'aspect narcissique.» En effet, à travers son ou sa partenaire, les projets qu'ils accomplissent ensemble, l'éducation qu'ils donnent à leurs enfants, la décoration de leur habitation commune, chacun peut dire en réalité quelque chose de sa personnalité profonde… «Le couple reste l'un des derniers lieux où l'on peut dévoiler et livrer son moi intime», résume la sociologue. Alors que la pression économique s'intensifie, que la liberté d'expression de chacun, notamment dans la vie professionnelle, se restreint, l'espace conjugal pourrait paradoxalement représenter l'un des derniers endroits d'émancipation, ce qui n'est pas sans être un véritable paradoxe pour ceux qui craignent de s'engager!

Autre apport inégalé du couple: «C'est un lieu de production émotionnelle privilégiée», rappelle Hannelore Schrod, qui va même jusqu'à le qualifier de «meilleure thérapie qui soit».«Vivre à deux est l'acte le plus créatif que l'on puisse poser dans vie, poursuit-elle avec enthousiasme, car à partir de lui peut s'enclencher la réparation individuelle de chacun.»

De nombreux thérapeutes familiaux considèrent en effet que les couples ne sont pas uniquement constitués de deux personnes. Symboliquement, chacun arrive dans la vie conjugale avec les mythes hérités de ses propres parents, voire ceux rapportés de ses unions précédentes… Et il s'agit alors d'inventer un mythe nouveau. «Jusque-là, lorsqu'on s'unissait à un autre, on portait inconsciemment les valeurs héritées de mythes familiaux anciens, observe Hannelore Schrod. L'idée qu'il faut rester ensemble, solidaires, assumer la sécurité familiale, s'entraider… Mais aujourd'hui, dans le couple contemporain, c'est comme si l'on devait s'aider réciproquement à s'épanouir!»

Un lieu exceptionnel d'expérience

Une tendance qui bien sûr s'exprime particulièrement dans et par la sexualité, car vivre à deux rend possible une initiation sexuelle sur le long terme. «Auparavant, cette dimension était assez secondaire, rappelle Bernadette Bawin-Legros. Mais, depuis la libération sexuelle des années 1970, elle occupe une place prépondérante.» Rester en couple suppose qu'on y a trouvé la satisfaction sexuelle, et celle-ci est devenue, avec le sentiment amoureux, comme le ciment de l'union.

Enfin, sans doute moins alléchant pour les réfractaires à la fidélité ou pour les forcenés de la fusion, le couple reste un lieu exceptionnel d'expérience et d'apprentissage de la différence de l'autre. «C'est une haute école d'engagement psychologique et sexuel», résume Bernadette Bawin-Legros, ajoutant que «celle-ci a sans doute remplacé celle des engagements politiques du passé». Encore faut-il que des élèves continuent à s'y inscrire.

(1) «Les personnes en couple vivent plus longtemps», Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), août 2007. (2) «L'Envie conjugale», écrit par Thierry Demaizière, Alban Teurlai et Carole Griggy, diffusé le 17 mars 2015.(3) Bernadette Bawin-Legros et Hannelore Schrod, «Le Couple rythmé par ses crises. Un regard croisé entre une sociologue et une thérapeute de famille». Éd. L'Harmattan.

Petit lexique des nouvelles définitions du genre
Pansexuel, bi, queer, trans, non-binaire : ces jeunes qui bousculent les normes de genre
Les hommes choisiraient de manger de la viande lorsqu'ils veulent séduire les femmes
La souffrance des filles serait sous-estimée face à celle des garçons
Penser à son partenaire permettrait de réduire son stress
La sextech fait vibrer le CES de Las Vegas
Une Française sur trois n'est pas épanouie sexuellement
Dans un couple vieillissant, les critiques négatives laissent place à l'humour
Des objets d'Hugh Hefner, le fondateur de Playboy, vendus aux enchères
Sexe et consentement : des premiers rapports pas toujours voulus
 Publicité 
 LES PLUS RÉCENTS 
Everest: la Chine interdit aux touristes son camp de base au Tibet
Déforestation en Indonésie: plus de 1,3 milliard en amendes impayées
La NASA presse sur l'accélérateur pour un retour sur la Lune
Découverte de la chambre funéraire d'un noble inca au Pérou
Maladies chroniques : et si on prescrivait des activités physiques sur ordonnance ?
 LES PLUS LUS 
Beurk ou miam? La différence est plus dans la tête que dans l'assiette
L'empire contre-attaque ou le retour de Microsoft au sommet
Microbiote: à la découverte de notre jardin intérieur
Cuba: l'internet mobile disponible à partir de jeudi
Climat: une ado en colère plaide en faveur des générations futures
Une lettre d'Einstein sur Dieu vendue 2,89 millions de dollars
Attaque sur les petits écrans: le boom des jeux vidéo sur mobile en Afrique
Naissance du premier bébé grâce à une greffe d'utérus d'une donneuse décédée
L'hiver est là, le charbon brûle, les Balkans suffoquent
Premier vol habité à destination de l'ISS depuis le lancement raté
 Publicité 
 En image 
 Publicité 
2011-2019 © Aux Frontières de la Science. Crédits photos: istockphoto. Page générée en 0.056 secondes. Blog d'actualités scientifiques réalisé par des passionnés.